Cadref
Université de la Culture Permanente et du Temps Libre

Philosophie (Nîmes)

Professeur Alain GUYARD
Lieu 249, rue de Bouillargues.
Jour/Horaire Mardi 10h00 – 12h00
Dates 16/11 14/12 04/01 25/01 01/02 15/03 05/04 10/05
Jeudi 13h30 – 15h30 ou 15h30 – 17h30
21/10 18/11 09/12 06/01 03/02 17/03 07/04 12/05
Tarif 78 €

L’Excentricité

Leçon 1 : « Un bon philosophe doit savoir tirer la gueule en toute circonstance »

Les Grecs nous enseignent que la philosophie ne se contente pas des opinions les plus communes, mais qu’elle les méprise, et se distingue ainsi du lot ordinaire de l’humanité et des pensées les plus répandues. Ce dédain intellectuel pour le plus grand nombre pousse nécessairement le philosophe sur la voix de l’excentricité : moqué par ses sœurs et ses frères en humanité, ses lubies et son commerce en sont raillés, d’Aristophane à Hanouna, en passant par Molière. Première excentricité, qui fait de lui un original perdu dans les nuages, peu au fait de la « vraie » vie. Il quitte alors le cercle de la normalité ordinaire.

  Leçon 2 : « Les vrais excentriques cherchent moins l’attention que le centre du monde »

A cette première excentricité sociale, il faut en rajouter une seconde, plus métaphysique. Le philosophie, lorsqu’il recherche la vérité, entend se détacher, en plus des erreurs de jugements de ses coreligionnaires, du monde sensible qui n’est que l’écume à la surface d’une réalité au-delà des apparences. Alors, cette apparente excentricité s’explique par un paradoxe : il cherche en vérité le centre même du monde, son être-même, d’où dérive le monde illusoire des phénomènes, auquel adhère la banale humanité.

  Leçon 3 : « Pourquoi le philosophe a besoin de sous-titre » 

A force de chercher le centre ailleurs, à force de se distinguer des préoccupations ordinaires et du monde en partage, le philosophe est contraint d’user du langage autrement. Naît alors un discours philosophique bizarre, qui prétend être mode de saisie du monde mais est incapable d’envisager les parlers de Babel.

  Leçon 4 : « L’excentricité du philosophe est-il le cache-sexe du centralisme démocratique ? »

Mais voilà cette excentricité dédaigneuse pour les apparences et la condition humaine, l’usage d’une langue baroque et biscornue, tout cela est en même temps la condition qui permet au philosophe à la distinction. Laquelle est la reconnaissance et l’estime des dominants, qui recourent également au mépris, comme distanciation sociale et politique. Voilà l’excentrique qui rejoint le centre du cercle des puissants…

  Leçon 5 : « Impact de la métaphysique sur le contrôle au faciès des populations banlieusardes en centre-ville »

La philosophie devient alors quatre fois centre : métaphysique, langagier politique et même urbain. Car si la société s’organise autour de son centre, forum ou agora, et exclut dans sa banlieue périphérique les pauvres et les ignorants, on constate que le philosophe professe et apparaît dans l’espace urbain du centre-ville, où il glose à l’envi.

  Leçon 6 : « Le philosophe : bouffon du roi ou bouffeur de roi ? »

D’où l’émergence, par opposition, d’une nouvelle classe de philosophes, excentriques au carré, contestant au philosophe pseudo-excentrique, normalisé et adoubé par les puissants, l’exercice de son dédain excentrique, et dédaignant ce dernier en provoquant… sa prétendue provocation.

  Leçon 7 : « Philosophie et grand banditisme »

Très logiquement, ces excentriques qui s’opposent aux philosophes centralisés vont s’opposer pied-à-pied à ces derniers. On les verra à l’œuvre dans une critique sociale, métaphysique, langagière et géopolitique. Ils vont rajouter un deuxième centre à la communauté philosophante, une contre-cité philosophique entre marge et banlieue, entre maquis et frontière. Ils font bande à part. Ils sont la bande qui pense.

  Leçon 8 : « Le grand style, le scandale et le mauvais goût. »

Concluons avec une esthétique de l’excentricité. « Sur Diogène, même la crasse était propre » (Epictète). « Je vois ta vanité à travers les trous de ton manteau » (Platon, à Antisthène). Mais tout cela, au fond, n’est qu’affaire de style. Et le bon philosophie se distingue du mauvais par sa manière de porter beau le scandale…